Équipe 1 : Pathologies, pratiques, systèmes de prise en charge

Direction : Philippe Le Moigne

Exposé des motifs

Le thème de la santé mentale fait aujourd’hui partie intégrante de l’agenda des politiques sanitaires, et rencontre une audience croissante parmi les publics du soin. Mais, les implications de cette orientation demeurent particulièrement méconnues. D’abord, l’amélioration mentale ou le maintien de soi, en libérant de nouveaux espaces de soin, oeuvrent à la constitution de légitimités et de savoir-faire souvent situés hors des professions constituées, et parfois revendiqués par le patient lui-même. En effet, l’action curative conduite au nom du bien-être s’applique d’abord au sentiment personnel et conditionne à cet égard une exigence et une expertise inédites chez l’usager, comme en témoignent les initiatives engagées en milieu hospitalier dans le domaine de la qualité de vie.
Ensuite, objet partagé s’il en est, l’intervention en santé mentale fait l’objet d’une légitimité immédiate et à la fois âprement disputée. La question qu’elle soulève est d’abord définitoire. Elle est particulièrement sensible dans le domaine nosographique. La fatigue excessive, la crainte anxieuse, la peur d’autrui doivent-elles être considérées comme des anomalies à prendre en charge ? Dans la mesure où la définition des syndromes voire des symptômes demeure débattue, l’étude de la prévalence, de la vulnérabilité et des facteurs de risque s’avère pour le moins problématique, comme le démontre à sa manière la somme des résultats contradictoires obtenus dans ce domaine. De même, la perspective d’une évaluation de la politique publique, fondée sur le taux d’accès aux soins, est ici difficile à adopter compte tenu du peu d’évidence du problème à traiter.
C’est pourquoi le travail de l’équipe vise au premier chef à observer comment les techniques et les instruments de l’intervention médicale, les métiers liés à l’action thérapeutique comme le statut de l’usager sont retravaillés par la question de la santé mentale. Trois directions de recherche sont privilégiées : 1) il s’agit d’abord d’identifier les problématiques d’action initiées par la santé mentale au sein des activités constituées, en médecine de ville ou en milieu hospitalier ; 2) il s’agit ensuite d’observer les effets que cette thématique exerce sur la distribution des compétences et de l’expertise ; 3) enfin, compte tenu de l’importance que l’accès au bien-être confère à l’individualité du patient, il est question d‘évaluer comment la relation thérapeutique, l’organisation du soin, mais également la condition du malade sont modifiées par les exigences d’épanouissement et de qualité de vie, y compris et d’abord au sein de l’institution psychiatrique.
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